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« I FEEL GOOD »

« I FEEL GOOD » un film de Benoit Delépine et Gustave Kervern

avec Jean Dujardin et Yolande Moreau

 SORTIE LE 26 SEPTEMBRE

SYNOPSIS: Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession: trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.

Entretien avec Benoit Delépine et Gustave Kervern

Comment avez vous découvert le village Emmaüs Lescar Pau qui donne son décor, mais aussi son âme à I FEEL GOOD?

BD: C’est d’abord Jules Edouard Moustik le DJ lors d’un festival qui nous en à parlé, puis plus tard José Bové. Nous y sommes allés une première fois il y a cinq ans environ. Germain le créateur du lieu qui le dirige aujourd’hui nous a tout de suite très bien reçus. C’était capital: nous ne voulions surtout pas arriver comme un cheveu sur la soupe. Nous voulions apprendre à connaître les compagnons, mais aussi leur faire connaître notre propre expérience, partager notre projet avec eux…

GK: Le film est né du lieu. Et il est né de la manière dont le lieu nous a accueillis. Etre accepté par les compagnons n’est pas donné à tout le monde . Débarquer là-bas, c’est un peu comme franchir la porte d’un saloon dans un western…

BD: Germain s’est comporté avec nous exactement comme il se comporte avec les compagnons. Quand on discute avec lui, il interrompt parfois la conversation parce qu’il reçoit l’appel de quelqu’un qui, par exemple, sort de prison… Sans lui poser aucune question, Germain lui dit de venir: « On t’attend ». Il a fait pareil avec nous. il ne nous jamais demandé de lire le scénario. Il nous a fait confiance.

Qu’avez-vous trouvé de si particulier dans ce village, qui vous donne l’envie d’y tourner un film?

BD: Depuis que Gus et moi faisons des films, nous sommes, même sans le savoir, à la recherche de gens comme ceux qui vivent à Lescar-Pau… L’expérience qui se construit là-bas m’en a rappelé d’autres, par exemple celle d’un village danois, Christiania, où d’anciens babas ont retapé des maisons et développé une vie créative extraordinaire. Lescar-Pau est ce qui, en France, s’en approche le plus. Nous avons été estomaqués de découvrir une architecture colorée partant dans tous les sens… C’est interdit en France, mais le maire de Lescar le tolère, parce que c’est Emmaûs et que cela n’a jamais posé le moindre problème.

GK: Emmaüs nous suit depuis longtemps, c’est vrai…Il y a quelques années nous avions vu une autre communauté, en région parisienne. Et puis il y a quelque chose de commun entre Emmaüs et Groland: un esprit de compagnonnage et de solidarité, allié à un goût pour la marge.

BD; Germain a donné à ce village une signification politique unique qui, tout en allant dans le sens voulu de l’Abbé Pierre, laisse presque totalement de côté la religion. Germain a des combats assumés, qui vont de ceux traditionnellement menés par Emmaüs à des prises de position plus radicales, comme l’ouverture- elle a eu lieu pendant que nous étions- d’une Maison de la Palestine.

GK: Autant que possible, Lescar-Pau essaie de vivre en autarcie. Nous n’avons pas découvert tout ce qui s’y passe, notamment parce que pour Germain le lieu doit toujours rester en mouvement, « en marche » si on peut dire! Sans arrêt il se fixe de nouveaux objectifs et en fixe de nouveaux aux compagnons.

BD: Certains compagnons restent longtemps, mais le village demeure un endroit de passage. Et comme Germain ne veut surtout pas que les gens « s’encroutent », les compagnons passent de poste en poste. Ils en ressortent donc enrichis de nouveaux savoir-faire. C’est un lieu vivant, utopique, mais en action. Ce qui est rarissime.

Précisément, comment avez-vous fait pour être acceptés dans un tel lieu?

BD: Nous sommes venus plusieurs fois en amont. d’abord Gus et moi. Puis avec Jean Dujardin et son frère Marc, son associé, qui est coproducteur du film avec nous. nous avons installé au sein du village nos petits départements costumes et décors. Avant même le début du tournage il y a donc eu un certain nombre d’interactions et d’imbrications entre nos deux mondes. Les compagnons ont vu que nous n’incarnions pas le Cinéma, avec son glamour et son strass, et ils ont vu que la plupart de nos métiers étaient manuels.

GK: C’était délicat. Nous étions sur la corde raide… I FEEL GOOD  est une comédie, mais nous ne voulions surtout pas donner l’impression que le film se moque des compagnons ou de l’Abbé Pierre. Il fallait faire très attention. Certains compagnons ont d’ailleurs refusé d’apparaître.

A ce propos, comment avez vous composé le petit groupe que Jacques, le personnage joué par Jean Dujardin, emmène en Bulgarie? Est-il composé de compagnons?

BD: Nous aurions pu et c’était tentant, parce que les gens que nous avons rencontrés étaient tous passionnants, cultivés, avec derrière eux des histoires formidables, riches, bien souvent incroyables… Mais Gus et moi ne voulions pas créer de dissensions. l’équilibre existe au sein du village mais il est instable. Il ne fallait surtout pas le déranger.

Nous avons donc préféré faire appel à des amis. au sein du groupuscule on trouve donc Jo Dahan, chanteur de rock, ancien de la Mano Negra, qui apparaît souvent dans nos films; Jana, une actrice de Bratislava découverte dans un sketch de Groland, et que nous avions trouvée géniale; Elsa, une artiste de rue; Jean-Benoît, acteur belge que j’avais découvert à Clermont-Ferrant dans le Film de l’été d’Emmanuel Marre; un grand acteur comme Lou Castel, rencontré au jury du festival du film grolandais…

GK…et Jean-François, copain d’enfance de Benoît, boucher, traiteur, qui nous fait la cuisine sur la plupart de nos films, et qui a une gueule et une façon de parler tellement extraordinaire- un peu  à la André Pousse- qu’on s’était promis de lui donner un jour un rôle; et Marius, le chinois, que je connais depuis 30 ans, qui vit de rien du RSA, à Marseille, et apparaissait déjà, en garde-chasse, dans Near Death Expérience. Ces sept compagnons ont composé un groupe uni, comme une sorte de groupe au sein du groupe. C’était très beau. Et au milieu de tout cela, Jean Dujardin s’est vite mis au diapason.

La présence de Jean Dujardin est l’autre nouveauté d’I FEEL GOOD. Comment est venue l’idée de faire appel à lui?

GK:La rencontre a eu lieu à Cannes en 2012, lors d’une fête mémorable après la présentation du Grand Soir . Jean était déchaîné, au point de se casser le doigt en sautant dans la foule. Dès ce moment-là nous avons eu l’envie de travailler avec lui.

BD: C’était même plus qu’une envie puisque ,après le concert, dans les coulisses, nous nous sommes tapés dans la main en nous promettant un jour de travailler ensemble. Puis du temps a passé, nous avons tourné deux films, Near Death Expérience  puis Saint Amour…

GK: …et nous sommes retournés voir Jean. Il aurait pu être passé à autre chose. Mais il a répondu présent.

BD: Il y avait l’envie, intacte, de travailler avec lui. Et celle de le mettre en duo avec Yolande Moreau. De là sont venus le frère et sa grande soeur. Jean a été parfait avec les compagnons. Yolande, je n’en parle même pas: tout le monde l’adorait avant même qu’elle n’ arrive.

GK: Nous avons appris que Jean était originaire du coin. Il se sentait donc chez lui.

Jean Dujardin a une allure différente , moins flamboyante, que dans les rôles qui l’on rendu célèbre.

BD: Nous lui avons demandé de s’amocher. Il a pris quatre ou cinq kilos. Même s’il le reste un peu, il était impossible qu’un bellâtre déboule chez Emmaüs. Jacques est un loser, quand même. Jean possède une incroyable finesse de jeu. a chaque fois il trouve une nouvelle intonation, un petit mouvement de tête. Il dominait parfaitement son texte, et c’est justement quand on a bien travaillé un texte qu’on peut y introduire des petites nuances…

GK: La longueur des textes représentait un défi d’autant plus grand que nous tournons en plan-séquence et sans faire de champ contrechamp. Mais Jean a été rôdé par des milliers de sketches. C’est à la fois un bon mec et un bosseur qui a le plaisir de jouer et de proposer des choses…Il est très généreux dans son approche du jeu.

BD: Et il n’est jamais à côté de la plaque, ce qu’il apporte fait toujours progresser.

Qui interprète Poutrain, l’homme qui donne à Jacques la petite idée grâce à laquelle il espère devenir riche?

BD: C’est Xavier Mathieu, l’ancien délégué syndical de continental. Encore un de ces contre-emplois que nous affectionnons: le plus virulent des syndicalistes interprète une espèce de wineur macronien…

GK: On connait Xavier depuis Continental. Il avait déjà une scène, coupée au montage dans Saint Amour.

BD: Il s’en sort très bien, le texte n’étant pas simple. Et face à Jean Dujardin, il faut assurer. Même si , exceptionnellement, nous avons fait un champ contrechamp, afin de pouvoir montrer la réaction de Jean qui peste: « Putain,Poutrain... ». Mais si vous regardez bien , vous verrez  qu’on a retourné la vitre de telle manière que dans le champ et dans le contrechamp on ne voit, à chaque fois, que le  » Minus » de « Terminus »!

A un moment, on quitte le village Emmaüs pour la Roumanie d’abord, puis la Bulgarie… Pourquoi ce voyage?

GK: La Roumanie, cela fait partie de ces idées improbables auxquelles benoît et moi tenons parfois. La première fois que nous sommes allés en festival, c’était pour notre premier film, Aaltra, et c’était en Roumanie, à Cluj. Une expérience incroyable. nous avions obtenu le prix du jury en menaçant la foule… Nous étions tombés amoureux de ce pays, et nous nous  étions promis d’y retourner. D’où ce petit détour_200 kilomètres et un jour de tournage _ qui n’a aucun sens.

En Bulgarie, Jacques emmène le groupe visiter un étrange monument à la gloire du communisme...

GK: Je l’ai découvert sur internet. il en existe de nombreux dans ce genre. Celui-ci, situé en haut d’une montagne au milieu d’un paysage désertique, est ahurissant. Georges Marchais en personne l’a inauguré au début des années 1980. Les images de l’inauguration sont sur internet, c’est incroyable, tout ce faste… Aujourd’hui le monument est devenu un lieu de pèlerinage punk… Comme nous n’avions pas l’autorisation d’y tourner, seuls le chef opérateur et un assistant s’y sont glissés, et des sons ont ensuit été ajoutés sur les images.

Ce voyage est l’occasion pour vous de préciser le propos d ‘I FEEL GOOD , qui a trait à la place del’utopie aujourd’hui.

GK: C’est une question qui traverse tous nos films, pour trouver ici une formulation plus directe… Dans Louise-Michel, on voit un lieu dans l’esprit de celui-ci: le Familistère de Guise, dans le Nord, ouvert en 1868 par l’industriel Jean-Baptiste André Godin.

BD: Comme Godin était fouriériste, il avait construit ce palais où tous les logements avaient le même confort, où la cour était couverte pour que les enfants puissent jouer même sous la pluie. L’utopie a fonctionné pendant un siècle avant que le lieu ne devienne invivable pour cause de jalousie, de dénonciations…Quand on le voit aujourd’hui, il ressemble un peu à une prison. j’en parle parce que son échec, et celui du communisme, était inscrit dans son architecture. Alors que Lescar-Pau, lui possède une gaieté, une architecture qui intègre la différence… Ca change tout

C’est là qu’I FEEL GOOD  est un vrai film politique. Nous montrons combien l’individualisme forcené, la volonté de devenir riche pour devenir riche, sans penser aux conséquences, est une maladie. Aujourd’hui, plus d’un an après l’élection de Macron, on le voit très bien. Et on voit aussi que face au discours archi-cohérent de Macron, non seulement les discours adverses manquent de cohérence mais les vieilles idéologies communistes et collectivistes ne tiennent plus.

Ce que le film essaie de dire, c’est qu’il y a peut-être une voie possible à travers ces petits groupuscules humains qui s’aiment et se respectent. La notion de groupuscule nous importe depuis longtemps . De toute façon c’est clair: sans décroissance on va dans le mur. ON y est condamné, alors autant le faire bien. Et ces groupuscules nous semble un bon moyen.

Une dernière question: comment avez vous obtenu l’image, les couleurs d’I FEEL GOOD

BD : Nous voulions du contraste. Nous étions à la recherche d’une image différente , pas trop précise, pas une de ces images hyper-pixellisées qui enlèvent le mystère. Après plusieurs essais caméra, nous nous sommes arrêtés sur la Sony F3 avec objectif Canon, utilisée dans le film de l’été que j’ai évoqué. C’est comme ça que nous avons pu obtenir cet effet pastel qui peut rappeler les films de vacances ou les panoramas de notre enfance