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Palestine

Ahed Tamimi

A 20 km au nord de Ramallah en Palestine occupée, il y a un petit village de 600 habitants qui résiste toujours à l’occupant israélien. Les terres ont été volées pour construire la colonie d’Halamish. Plus tard (en 2008) les colons ont confisqué la seule source où le village s’alimentait. En 2015 nous avions été reçus dans le village dans lequel la Croix Rouge internationale avait construit un château d’eau qui, à ce jour, n’a jamais reçu une seule goutte d’eau. Nabi Saleh est connue dans le monde entier pour sa manifestation chaque vendredi à midi depuis une dizaine d’année. Nous étions avec eux un vendredi d’octobre 2015.

Une grande famille vit à Nabi Saleh, les Tamimi. Ils nous ont reçus et hébergés lors de notre voyage. Ils nous ont expliqué comment ils ont créé un système de résistance populaire non violente face à l’occupant. Bassem, le père, fait le tour du monde pour expliquer cette résistance que les Israéliens n’ont jamais su combattre autrement que par la violence. Bassem a fait plus d’une douzaine de séjours en prison.

 

Nariman, son épouse, a été arrêtée aussi plusieurs fois. Pas étonnant donc que dans cette famille, les enfants soient élevés dans le culte de ces actions non violentes. C’est le cas d’Ahed qui a aujourd’hui seize ans.

 

A douze ans (débardeur noir) n’hésitait pas à affronter les soldats qui envahissaient le village

Tous les vendredis elle participe aux manifestations, (ici avec sa mère, Nariman, qui porte le drapeau palestinien).

 

 

En août 2016, la famille Tamimi se bat avec un soldat israélien qui a tenté d’arrêter le petit frère d’Ahed (en tee-shirt rose et jaune. Sur la photo on voit assez mal, mais le garçon a le bras cassé). Le soldat est obligé de s’enfuir, mais il s’en suivra un épisode de furie haineuse du côté israélien qui poursuit toujours la famille Tamimi et en particulier Ahed. 

Les heurts des jeunes, placés en tête de cortège, avec l’armée israélienne sont systématiquement filmés par certains villageois. « La caméra fait partie de notre lutte, elle rétablit la vérité, explique Bassem Tamimi. La diffusion de nos films sur les réseaux sociaux permet de contrer les médias conventionnels qui fournissent une image biaisée de la situation. » Très vite, son épouse, Nariman, filme leur fille, souvent meneuse parmi les plus jeunes.

 

Son père dit d’elle : « Ahed n’a jamais voulu être une icône, mais la situation l’a amenée à le devenir. La résistance n’est pas un choix, c’est une responsabilité. »

 

« Beaucoup de Palestiniens se sentent humiliés par les Israéliens sans jamais pouvoir leur répondre. Lorsque Ahed Tamimi gifle ou interpelle un soldat, elle est vue comme une héroïne, parce qu’elle fait ce que beaucoup aimeraient mais n’osent pas faire », explique Dr Samah Jabr, psychiatre et psychothérapeute palestinienne et que nous connaissons bien, souvent confrontée à la problématique de la résistance nationale.

 

En cette fin décembre la tension à Nabi Saleh est à son comble. Des manifestations ont lieu tous les jours et les confrontations sont très violentes. Mohamed Tamimi, cousin d’Ahed reçoit en pleine tête une balle en acier recouverte de caoutchouc. Il est à l’hôpital, mais sous un régime de Détention.

 

Ahed et sa cousine Nour s’en prennent à des soldats qui pénètrent chez elle. La bousculade est filmée comme toujours et diffusée sur les réseaux sociaux. Ceci ne plait pas bien entendu aux occupants, militaires israéliens et dirigeants, dont le ministre de l’armée, Avigdor Liebermann qui ordonne l’arrestation d’Ahed dans la nuit du 23 au 20 décembre. Nariman, qui vient demander des nouvelles de sa fille au pouvoir militaire, est arrêtée. La cousine d’Ahed, Nour, 20 ans, est aussi arrêtée un peu plus tard. Elles risquent gros toutes les trois, selon Bassem pour Ahed : « D’après mon expérience, elle risque encore six à huit mois de prison ».

Depuis l’annonce faite par Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, toutes les manifestations se sont soldées par des morts uniquement palestiniens. Plus de 800 personnes, presque tous des jeunes, ont été arrêtés.

Selon le réseau palestinien Samidoun : « La résistance du peuple palestinien n’a jamais été étouffée par les arrestations ou la répression, et il doit être clair que nous, partout dans le monde, sommes aux côtés des Palestiniens alors qu’ils défendent Jérusalem, leur pays entier et leur peuple attaqué. Cela implique d’être aux côtés des prisonniers palestiniens arrêtés et emprisonnés en lutte pour leur libération, celle de leur peuple et celle de leur patrie occupée. »

Voici un extrait du seul journal israélien vraiment critique de l’action de son armée et de son gouvernement, sous la plume acerbe de Gideon Lévy (photo) :

Mardi dernier, les Forces de défense d’Israël ont abattu Hamed al-Masri, 15 ans, d’une balle dans la tête, blessant grièvement l’adolescent de Salfit qui, par ailleurs, ne portait pas d’arme. Vendredi, les militaires ont fait de même avec Mohammed Tamimi, de Nabi Saleh, sans arme lui aussi, le blessant tout aussi grièvement à la tête. Vendredi encore, les militaires ont tué – toujours d’une balle dans la tête – Ibrahim Abu Thuraya, amputé des deux jambes. Et, le même jour, Ahed Tamimi était dans la cour de sa maison avec une amie et a un homme des FDIqui avait fait irruption chez elle.

Du coup, Israël est sorti de sa colère vasouilleuse : Mais comment ose-t-elle ? Les trois victimes de cette fusillade barbare n’intéressent pas les Israéliens et les médias ne prennent même pas la peine d’en parler. Mais la gifle – et le coup de pied – d’Ahed Tamimi ont déclenché une colère furieuse. Comment peut-on oser gifler un soldat des FDI ? Un soldat dont les amis giflent, tabassent, kidnappent et – bien sûr – abattent presque quotidiennement des Palestiniens ?

Aux dernières nouvelles et sans détail, douze chefs d’inculpation ont été retenus par le tribunal contre Ahed.

Signez la pétition pour demander la libération Ahed Tamimi :

http://www.france-palestine.org/Petition-liberez-Ahed-Tamimi